Interview avec Vincent Lacoste…

lacostVoici la première interview réalisée exclusivement pour le site Roedeer Brother.

Vincent Lacoste a en effet accepté de répondre à mes questions. Ce spécialiste du chamois est un des chasseurs à l’arc français les plus impressionnant du moment. Je suis le personnage depuis longtemps à travers les récits qu’il publie régulièrement dans le magazine Charc. C’est d’ailleurs grâce à Jean-Jacques Pietraru, le rédacteur en chef de cette revue, que j’ai pu entrer en contact avec Vincent. J’ai rencontré un homme franc et très attachant qui vit une chasse à l’arc comme je l’aime, pleine d’aventure, de bivouac en montagne et d’approche. C’est donc avec beaucoup de joie que Roedeer Brother vous présente cette interview exceptionnelle.011

Roedeer Brother : Comment te présenterais-tu en quelques mots ?

Vincent Lacoste : Tenace et honnête, à la chasse comme à la ville.004

Affût au chamois dans les Alpes par -20°

 

R B : Est-ce que tu te souviens pourquoi et comment tu t’es intéressé à la chasse à l’arc ?

V L : Sans aucun doute après la lecture d’un article de Xavier Péchenard intitulé, si je me souviens bien, « mon deuxième premier chevreuil ». Il y décrivait sa première réussite à l’arc sur chevreuil et surtout les sentiments ressentis à ce moment.

 

R B : Tes débuts ont-t-il été difficile ou la réussite a tout de suite été au rendez-vous ?

V L : 14 loupés (alors que j’avais le niveau sur cible et tirais toujours à moins de 20 mètres) – zéro blessé – avant une première réussite – No comment !!

001Les débuts. Premier chevreuil dans mon ACCA avec mes fils alors âgés de 3 ans. Ils en ont maintenant 20 !! Ils étaient venus voir le chevreuil de Papa en pyjama !!

R B : Quels souvenirs gardes-tu de ton premier gibier prélevé à l’arc ?

V L : « ça chauffait dans ma tête » – livre qui s’ouvre – Quelque part aussi le soulagement d’y être enfin parvenu. Jamais je n’avais imagé la suite.

R B : Comment se déroule, classiquement, l’année de chasse à l’arc de Monsieur Vincent Lacoste ?

V L : Chasse au brocard d’été chez moi en Franche-Comté puis battue avec 40 carabiniers et chamois à l’approche dans mon ACCA. A part ça, c’est souvent un voyage à l’étranger au printemps et en automne et 1 à 2 semaines à l’Isard et /ou Mouflon sur les lots ONF.

002Départ pour un « spike camp » comme disent les Américains…mais dans les Pyrénées.

R B : Aujourd’hui après tant de réussites dans tellement de pays différents, quel est le gibier que tu considères comme ton favori ?

V L : Le chamois, sans hésiter et depuis toujours.

010Descente « chaude » d’un bouc chamois.

R B : Parmi ceux que tu as chassé autour du globe, quel est celui qui a été le plus difficile à prélever ?

V L : L’hippopotame : 4 séjours et pas une flèche tirée sachant que je refuserais toujours d’en assassiner un à l’eau. En trouver un jour sur terre est TRES compliqué.

R B : Au cours de ton parcours, as-tu déjà ressenti un « Buck Fever » ?

V L : Oui et cela m’arrive encore souvent- tout autant avant le tir d’un Mountain Goat en Alaska que celui d’un renardeau chez moi. Quand cela ne m’arrivera plus, je lâcherai l’arc et passerai à la fronde.

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Autre ambiance toujours en Amérique du Nord (Alaska) : départ pour une chasse en avion taxi…pas toujours rassurant !!

R B : J’imagine qu’un de tes voyages t’a laissé un souvenir plus marquant que les autres ?

V L : Un safari catastrophe, organisé pas des escrocs, au sud de la RCA. J’ai bien failli y laisser la vie et ai entendu de près le crépitement d’une kalachnikov…ça réveille !! Psychologiquement, j’ai mis des mois à m’en remettre…Un choc.

R B : Au cours d’une de tes chasses, as-tu déjà été dans une situation dangereuse ?

V L : A part le cas ci-dessus, une charge d’éléphant au Zimbabwe m’a coûté un orteil … et un arc… tous les deux cassés !! J’ai transpiré également plus d’une fois en montagne, en particulier dans une falaise de Colombie Britannique à la poursuite d’une mountain goat.

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Quand on perçoit soi-même que l’on ne sent plus « la rose » , il est temps de se laver…quelque soit la salle de bain….

R B : J’ai une affection particulière pour la chasse au chevreuil et je sais que tu es allé te frotter à la sous-espèce « géante » Capreolus capreolus pygarus, (la sous-espèce sibérienne).

– Quel souvenir en gardes-tu ?

– Quelles sont les différences notables avec notre chevreuil français dans leur chasse.

V L : C’est un animal « monstrueux » quant à son trophée, chassable à l’arc. Il semble peut être plus facile à approcher que notre chevreuil. Sans doute l’une de mes plus belles chasses, quoique pas simple à organiser. Je pense d’ailleurs y retourner.

020Russie : un monstrueux chevreuil de Sibérie, 10 cors pour quasi 1kg.

R B : Tu as utilisé des arcs très puissants pour chasser en Afrique, comment te prépares-tu pour l’utilisation de ce type d’arc ?

V.L ) Ma méthode c’est tir tous les jours et séries de pompes. Juste avant une chasse, je suis capable d’enchaîner 20 séries de 50 pompes / jour (j’en fais même en consultation, entre les patients !!).

R B : Tu chasses beaucoup en montagne. Cela demande d’être en bonne forme physique. J’imagine que tu suis un entraînement particulier ?

V L : Aussi surprenant que cela puisse paraître, je n’ai jamais été très endurant, j’ai 2 hernies discales et un genou « déficient » – cela me limite beaucoup dans mes choix d’entraînement. Je ne pratique en fait que le Vélo elliptique et depuis peu avec un programme spécifique que m’a concocté une connaissance qui est coach sportif … Je dois dire que ma principale force en montagne est sans doute ma volonté. Si tu me dis qu’en haut il y a un chamois, je vais monter…quitte « à crever » !!

022Mongolie. Une qualité de chasse et d’accueil  incroyable….mais comme souvent aucune occasion de tir en 10 jours de chasse à l’Ibex. Strictement aucun regret, c’est bien souvent ou plus exactement quasi tout le temps cela la chasse à l’arc………compound ou pas….

R B : Quelles chasses as-tu prévu dans les douze prochains mois ?

V L : Je pars dans le Yukon en septembre chasser le caribou et l’élan puis probablement en Bulgarie pour tenter une seconde fois de tirer un chamois des Balkans. Entre temps, je chasserais bien sûr le  » broc » d’été puis le chamois sur mon ACCA.

R B : Quelle est ta méthode de chasse préférée (approche, affût en sol, tree stand) ?

V.L. ) Ma chasse préférée est bien sûr l’approche. C’est la plus palpitante, la plus difficile et donc la plus gratifiante. Je dois dire que je pratique beaucoup en fonction de l’animal recherché : chevreuil au Tree stand , chamois de plus en plus à l’affût au sol, grand gibier à l’étranger quasi toujours à l’approche. Je pratique une sorte de « mixte » Plaisir/difficulté/efficacité.

018Affût printanier au Brown Bear en Alaska.

R B : As-tu un projet, une envie particulière que tu aimerais avoir réalisé avant la fin de ton parcours de chasseur à l’arc ?

V.L. ) J’en ai deux qui, je le sais, sont irréalistes…Je poursuis malgré tout :

–         le super slam, les 29 grands gibiers nord américains (j’en ai déjà 14 à ce jour)

–         le tir des 10 sous espèces de chamois vivant dans le monde (j’en ai à ce jour 4).

Je n’aurais ni le temps ni l’argent pour y parvenir mais cela reste mes rêves.

012« North american deer slam »…on est encore TRES loin du « North American Big 29 » !!

R B : Qu’as-tu appris sur toi-même grâce à la chasse à l’arc ?

V.L. ) Rien de particulier si ce n’est que la chasse à l’arc amplifie souvent les qualités et les défauts. A la chasse à l’arc, on ne peut pas se mentir bien longtemps.

R B : Quel est ton sentiment sur l’actuel débat Tradi/Poulie qui fait de plus en plus « rage » entre les archers ?

V L : le débat tradi / coumpound me fatigue car à ce que je sache, c’est bien la flèche qui, dans les 2 cas, tue.

Je pense que le chasseur a bien plus d’importance que son matériel. C’est son comportement, pas son matos qui fait toute la différence. Me concernant, je ne chasse pas et ne chasserai jamais à l’arc traditionnel tout simplement parce que je ne m’en sens pas capable. J’ai essayé le tradi mais mon niveau à l’entraînement n’a jamais été, à mon avis, suffisant pour me permettre de chasser.

Partant de là, je pense que les « traditionnels » feraient bien de respecter les archers dans mon cas. Il me paraît plus respectable de chasser avec un arc compound que l’on maîtrise qu’avec un tradi avec lequel on « arrose » à tout va à l’entraînement.

De mon point de vue de chasseur au compound je respecte et admire les chasseurs au tradi qui maîtrisent leur arc et obtiennent de bons résultats, souris devant ceux que je nomme les « promeneurs d’arc », traditionaliste jusqu’au bout des ongles sans aucune réussite en 15 ans de « chasse » et méprise ceux qui sont incapables de placer une flèche à 15 mètres dans la zone vitale d’une 3D de chevreuil mais qui ne se privent pas de chasser toute l’année.

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Coumpound, viseur, décocheur…c’est mon choix.

R B : Que considères-tu être comme le plus grand danger pour le futur de la chasse à l’arc en France ? Est-ce que tu as pu constater une problématique particulière à l’étranger ?

V L : La problématique n’est pas la même en France que dans certains pays étrangers.

Si l’on parle Afrique par exemple, archers et carabiniers sont dans « le même sac » avec une destruction massive des habitats et une pression « écolo » partout croissante. Je ne suis donc optimiste ni pour les chasseurs à la carabine ni pour les archers sur ce continent.

En France, continuer à nous battre entre tradi et coumpoud n’est sans doute pas la meilleure chose pour notre sport mais une fois de plus, la pression antichasse est sans doute celle qu’il faut craindre… et donc combattre, tous unis !!! Archers de tout poil, carabiniers, veneurs et autres.

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Autre fantastique trophée sibérien à l’arc : un petit tétra.

R B : Y-a-t-il des archers (vivant ou disparu) que tu admires ?

V L : J’aurais plus tendance à admirer l’archer qui réussit à tirer un chevreuil par an dans un ACCA hostile, sans vouloir lui faire trop gonfler les chevilles, le président des chasseurs à l’arc de Franche Conté en est un bel exemple, que celui (un peu comme moi !!) qui aura plus de résultats car plus d’opportunités.

Il faut savoir rester honnête et relativiser la réussite de chacun. C’est pour cela que garde les pieds sur terre : il est « normal » qu’y mettant le temps et l’argent, j’ai plus de succès que l’archer moins « favorisé » que moi.

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En Amérique du Nord la chasse prime et les conditions d’hébergement sont parfois plus que limites. A droite sur cette photo, c’est la banquise…on imagine la température sous cette tente de fortune.

 

R B : Lorsque tu regardes en arrière, de quoi es-tu le plus fier ?

V L : Après avoir dit cela, il faut aussi rester lucide et savoir ce que l’on veut : je consacre tout mon temps libre personnel (en dehors de mes activités en famille) et beaucoup de mes revenus à la chasse à l’arc. J’en récolte les fruits et sans prétention, il est évident que je suis fier de certaines de mes actions comme par exemple avoir été le 1er archer dans bien des lots ONF de France, Caroux en tête.

J’ose penser que par ce biais, j’ai un peu aidé au développement de notre sport.

C’est une satisfaction plus grande que le tir de tel ou tel animal.

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Camp de montagne dans les Pyrénées. L’une de mes destinations préférées. J’y chasse l’isard au même endroit depuis plus de 15 ans.

R B : Veux-tu dire un dernier mot pour la fin ?

V L : De part mon métier, je suis confronté tous les jours aux drames que vivent un bon nombre de mes patients. Cela m’encourage à prendre du bon temps à la chasse à l’arc mais aussi à me réjouir des réussites des amis. Que ceux qui « pêtent les plombs » pour une histoire de diamètre de tube de flèche y réfléchissent !!

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Pas loin du paradis.

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